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Les ZIZA : nouveaux enjeux, nouvelles solutions

Densifier les zones industrielles et artisanales (ZIZA), conformément à la LAT et au système de gestion des activités, et maintenir les entreprises : telle est l'équation que tente de résoudre l'association intercommunale Région Morges depuis 2014 par la démarche ZIZA-demain.

La LAT et le système de gestion cantonal des zones d’activités demandent que les ZIZA soient densifiées et utilisées de façon rationnelle. Cette question s’est posée dans la région morgienne dès 2012, alors que de nombreuses ZIZA étaient concernées par des requalifications avec du logement. La densification du bâti entrait en conflit avec le maintien et l’accueil des entreprises secondaires dans les centres.
Créée en 2008, l’association Région Morges, fondée sur le Schéma directeur de la région morgienne, est composée de onze communes. Elle travaille à la mise en place d’un projet de territoire régional, représente les intérêts de ses communes au sein du PALM, et apporte sur demande un soutien aux communes dans leurs tâches d’aménagement du territoire. Région Morges a été sensibilisée par ses communes sur les risques d’appauvrissement du tissu économique régional si les ZIZA devaient disparaître du fait des reconversions en logements. Il est dès lors apparu que de nouvelles méthodes de travail devaient être développées pour trouver des solutions adaptées aux ZIZA en milieu urbain.

ZIZA-Demain :
Densifier les zones d’activités tout en développant les entreprises

La démarche ZIZA-Demain a été mise sur pied en 2014 pour développer une méthodologie de travail visant à maintenir les ZIZA en périmètre urbain, en se basant sur le principe de « la bonne entreprise au bon endroit ». La démarche est pilotée par Région Morges, en partenariat avec l’ARCAM (association régionale Cossonay-Aubonne-Morges) et l’Etat de Vaud (SDT et SPEI). La Confédération montre également un grand intérêt pour la question des ZIZA, et soutient la démarche ZIZA-Demain en tant que projet modèle pour un développement territorial durable. La démarche s’organise en trois phases décrites ci-après.

1. Connaître ses ZIZA

Dans une première phase, l’important était d’améliorer les connaissances sur les ZIZA de la région morgienne et entreprises en place (emplois, foncier, âge du bâti, etc.) et identifier des enjeux et des objectifs pour chaque ZIZA : vision communale, intentions des propriétaires, densification, mixité, mobilité, accueil et développement d’entreprises.
Ce travail de terrain a permis de définir une vision régionale des ZIZA, identifiant les quelques sites qui pouvaient accueillir une mixité avec du logement et des services, comme Sud Village à Tolochenaz, et surtout qu’une grande partie des ZIZA de la région morgienne sont propices à une densification avec des activités secondaires supplémentaires (capacité foncière, possibilité de mutualiser les infrastructures, modification du règlement, etc.)
Des liens ont également été créés avec les entreprises via un questionnaire afin d’identifier leurs besoins économiques et territoriaux. Suite aux réponses, il s’est avéré que beaucoup d’entreprises voyaient leurs activités menacées si on procédait à une densification, ou si des réserves foncières stratégiques pour le développement de l’entreprise étaient utilisées pour un autre usage.
La conclusion principale de cette phase est qu’il était indispensable à la fois d’avoir une vision régionale des ZIZA et de connaître les entreprises locales pour envisager par la suite des solutions, allant de l’acheminement des marchandises dans la région à la mutualisation d’un parking au niveau d’un site.

2. Quelles mesures prendre ?

La deuxième phase visait à identifier les mesures à prendre pour l’intégration urbaine des ZIZA en milieu urbain. Des études test ont été réalisées par des architectes-urbanistes et un panel d’experts sur trois ZIZA ayant des caractéristiques différentes. L’approche des études tests est pragmatique en mettant l’accent sur la faisabilité financière et foncière des projets des communes : quelle densité optimale, quelle répartition entre activités secondaires et tertiaires, quelle qualité urbaine… tout en générant une plus-value suffisante pour financer les équipements publics.
Les enseignements des études tests constituent les fondations d’un guide de recommandation, qui sera publié fin 2018. Ce guide s’adresse aux communes et présente des recommandations pour concevoir et accompagner des démarches de développement sur les ZIZA.

3. La traduction concrète sur le terrain

La troisième phase devrait accompagner les communes qui le souhaitent dans un processus de projet sur une ZIZA sur la base du guide de recommandation. Les modalités de ce soutien ne sont pas encore fixées, et doivent se coordonner avec le système de gestion cantonal des zones d’activités. Cependant, les expériences similaires menées en Suisse, notamment à Genève, permettent déjà de dresser certains constats :

  • Une forte implication des autorités publiques est nécessaire dans un projet sur une ZIZA. Notamment, l’acquisition par la  commune du foncier est un outil efficace pour contrôler le type d’entreprises qui s’implante, et donc le trafic généré, ainsi que les loyers.
  • Encourager les entreprises à mutualiser leurs équipements, notamment leurs aires logistiques, permet d’économiser de l’espace et permet d’accueillir plus d’entreprises. Cela nécessite une plus grande implication des entreprises dans le processus de projet.

 

Regards de Vincent Jaques sur la démarche
Membre du Comité de l’UCV, syndic de Morges,
député et président de Région Morges

La gestion des zones industrielles et artisanales fait partie des éléments dont doivent se préoccuper les communes. La région morgienne, dès 2014, a pu bénéficier d’une démarche pilote qui a déployé une réflexion large sur la question. Cette thématique représente un nouveau défi pour les communes, puisque les bases légales obligent désormais le canton à se doter d’un système de gestion des zones d’activité. Une collaboration efficace doit donc se mettre en place entre partenaires et collectivités, afin de se doter d’outils spécifiques. L’expérience morgienne démontre que les acteurs, notamment politiques, doivent être associés aux stratégies en amont, afin d’appréhender de façon fine la gestion du territoire. Le respect des équilibres entre zones d’activité, logement, et utilité publique est primordial, surtout maintenant, alors que la création de zones à bâtir s’est complexifiée. La communication entre les propriétaires et les autres partenaires est essentielle pour la bonne compréhension des stratégies. Dans la région de Morges, le schéma directeur peut servir de coordinateur dans bon nombre de ces situations.

 

Pour aller plus loin :
ziza-demain.ch et www.regionmorges.ch
Retrouvez le dossier Point CommUNE !
consacré aux ZIZA dans le numéro 63
disponible sur ucv.ch/communication

Documents
DateTitreDescriptifs / Auteurs
14 septembre 2018Les ZIZA : nouveaux enjeux, nouvelles solutionsCharlotte Baurin et William Barbosapdf